Henry, Héritage de Succès ou Coïncidence ?




Il y a quelque temps, je lançais l’affirmation : « Nancy coach de l’année, faites-moi

changer d’opinion ! » Sur Twitter, @Mrfootdefoot me répondait avec cette affirmation : « Coach Nancy a mis en lumière la nullité de Coach Henry PROVE ME WRONG! #CFMTL 

@BBNMedias @kanfootballclub. »



J’ai tout de suite été interpellé par la force de l’affirmation de ce dernier ! Je me rappelle

très bien la transition entre le règne de Rémi Garde et accessoirement de Wilmer Cabrera et celle de Thierry « Titi » Henry. Si Rémi Garde avait anéanti tout espoir du club d’aller « vers

l’avant » avec sa stratégie ultra conservatrice de jouer vers l’arrière, Cabrera, lui, avait tenter de redonner le goût de jouer à la balle au groupe de joueur sous sa gouverne. Lors de l’annonce de l’embauche de Titi, je me souviens du soulagement collectif tant des fans que des joueurs de voir arriver cette légende au club. Cette annonce avait aussi fait vibrer pour une seconde fois la précieuse corde de la fierté et de l’espoir, cette même corde qu’avait fait vibrer l’acquisition de Didier Drogba.


Henry étant connu comme un joueur créatif, magique, intelligent et au combien doué

avec le ballon, tous les espoirs étaient permis et les fans avaient déjà oublié les jours sombres de l’animation schématique de Garde. Cependant, à l’interne, les joueurs et leur éthique de travail avaient beaucoup souffert de cette période. Plusieurs fois Titi aura dû, en entrevue, répondre à des questions concernant l’éthique de travail de ses joueurs sur et hors du terrain. Après une période de « cassage de caractères », ce dernier, à force d’imposer ses valeurs professionnelles à ses athlètes, aura enfin pu commencer à les faire jouer à la balle.


D’abord, première chose que l’on pouvait admirer c’était cette liberté de création (bien

timide au début) dont jouissaient les joueurs. Il est normal lors d’une récupération de ballon de remettre ce dernier en sécurité, mais parfois cette sécurité est devant et non derrière. Petit à petit, ses idées ont fait leurs chemins. Le club semblait revivre. Nous avons aussi commencé à revoir des flashs intéressants se dessiner. Rarement convertis, mais tout de même, nous avions quelque chose à nous mettre sous la dent. Nous commencions à gouter à la sauce Henry ! Autre constatation rapide de Titi, le 4-3-3 ne sied pas du tout son équipe. Pourquoi ?


Le 4-3-3 est un style qui implique que les joueurs de ce système soient très très solides

individuellement. Ce système favorise les 1v1. Chaque individu est donc un peu laissé à lui-

même de récupérer ou dribler sont adversaire afin de trouver un surnombre. Puisque chaque affrontement se fait, « seul » le terrain est toujours occupé dans l’entièreté de sa surface jouable. Pour rendre le tout « visuel, » si De Bruyne conduit la balle au milieu cherchant un partenaire pour combiner, Kanté viendra sur lui en 1v1. Sur cette action spécifique, le meilleur des deux hommes gagnera son duel et aura des options pour la suite des choses. Nous parlons ici de deux superstars à leur position respective. Dans un 4-3-3, la qualité individuelle fait foi de tout.


Vous connaissez l’union fait la force ? Henry fort de cette observation décide d’y aller

avec un 3-5-2. Pour parler simplement, l’équipe qui contrôle le milieu de terrain contrôle la

transmission ou non des ballons de l’arrière vers l’avant. Ainsi, comme il y a beaucoup de

joueurs qui créent une congestion du centre du terrain, il devient plus facile pour l’équipe qui le pratique (le 3-5-2) de créer des surnombres défensifs afin de récupérer proprement les balles transitant au milieu. À plusieurs, 1 homme va sur le porteur, un deuxième surveille l’opportunité pour doubler le porteur et les autres milieux coupent les lignes de passes. Cela force le porteur à conserver plus longtemps le ballon dans ses pieds et devient donc plus vulnérable à perdre le ballon. Pour éviter le tout, le porteur doit de se « débarrasser » de la balle rapidement et tenter d’utiliser les corridors pour se porter en attaque. Cela ralentit la transition vers l’offensive et permet au bloc défensif de coulisser et venir se mettre entre « la demi-lune offensive » et son filet. L’équipe à l’attaque doit donc exceller dans les attaques de l’extérieur (centre-tête) ou frappe de loin.


Pour une équipe qui joue en 3-5-2, lorsqu’elle récupère la balle sur un pressing à

plusieurs joueurs, elle a l’avantage que tous les joueurs sont près et qu’ils courent déjà dans la bonne direction. Un contre rapide peut être mis en branle instantanément ou elle peut changer son point d’attaque en deux ou trois passes. Les latéraux jouant plus haut, on peut rapidement tomber à 4 attaquants pour une courte période de temps. Si cette contre-attaque avorte, l’équipe qui vient de récupérer a plusieurs chances de se briser sur une défense en « escalier » forçant celle-ci à faire des passes négatives ou jouer vers l’arrière. Encore une fois, cette stratégie de 3- 5-2 achète du temps et le bloc se repositionne et est prêt à tout recommencer. Finalement, lorsque le ballon entre dans la surface d’un côté ou de l’autre, les attaquants « voilent » une menace dévastatrice. Alors que tous regardent où est le ballon, qui le conduit, où il peut être envoyé, le latéral opposé entre en douce au deuxième poteau et, s’il est rejoint, peut marquer quasiment sans être inquiété !


Coach Henry aura su reconnaître ce besoin et aura commencé à poser les premières

briques de cet audacieux chantier. Finalement, la pandémie et les irritants qui l’accompagnent auront eu raison de l’implication de ce dernier avec le club. Il y avait aussi des rumeurs négatives à son endroit. Il semblait ne pas être un très bon pédagogue. Plusieurs fois, il aurait été dépeint comme un entraîneur qui imposait vigoureusement des choses et lorsque le groupe ne répondait pas à ses attentes, il aurait agi de manière passive/agressive envers eux. Je le dis encore ce ne sont que des rumeurs. Ce n’est pas un secret pour personne, M. Saputo perd des sous et les deux derniers entraîneurs étaient des entraîneurs « désignés » (DP.) Ça coute cher et cet argent ne court pas sur le terrain. Se tourner vers Nancy, à court terme, était une solution probablement plus monétaire qu’une stratégie sportive. Mais voilà que le nouvel entraineur en chef est un fin observateur et un communicateur de génie. De plus, il s’avère être un fin stratège. Il comprend rapidement pourquoi Henry fait jouer sa brigade de cette manière, mais voit encore plus loin les applications et implications d’une telle stratégie.


Il saisit l’opportunité et la balle au bond et capitalise sur le travail déjà entrepris. Fort de

ses valeurs et de son éthique personnelle et professionnelle, il indique clairement le standard auquel il s’attend pour atteindre les buts visés. D’une manière ou d’une autre, il communique adéquatement ses attentes et rapidement, ses joueurs achètent son plan et en fond le leur. Henry n’aura jamais réussi à créer cet esprit de corps si important. Je ne peux pas passer sous silence que Henry aura parti un mouvement positif et rafraichissant avec cette équipe du CF Montréal, Impact à l’époque de Henry, mais il n’aura jamais su faire de ces individus une unité indissociable d’homme prêt à mourir pour le gars à côté de lui. Je n’ai jamais eu la chance de discuter avec Henry de ses visions et stratégies personnelles, mais clairement, il n’a pas eu le temps de les mettre en place et il semble qu’il n’aura pas réussi totalement à mettre tout le monde sur la même page. La même situation s’applique pour coach Nancy. Je n’ai jamais côtoyé l’homme au quotidien ni échanger sur ses vues et aspirations, mais je suis assez observateur pour les voir se manifester sous mes yeux sur le terrain. Il y a clairement de l’idée dans le plan de match et tout le monde accepte la stratégie et se tue à la faire vivre. Pensons seulement au rafraichissant bloc haut et son pressing ultra efficace. Une nouveauté cette saison.


Henry fut le premier à voir en Piette des qualités jusque là inexploitées. Il lui aura donné

des missions différentes et aura donné de nouvelles armes à Sam. Depuis son stage sous Henry, Sam n’est plus le même joueur. Nancy y est allé encore plus à fond dans ce changement de responsabilité et dans l’attribution d’objectifs offensifs. Nancy aura tellement apporté en peu de temps à ses joueurs qu’il est très difficile de mettre Henry au-dessus de Nancy. En fait c’est impossible. Est-ce que Nancy aura mis en lumière la nullité de Henry, non. Henry aura instigué un mouvement au CF Montréal que seule une légende comme lui pouvait mettre en branle sans être questionné. Ce n’est donc pas une coïncidence. Donnons tout le crédit à l’humilité de Nancy d’avoir compris le sens profond de la vision de Henry, d’avoir su faire ce qu’il fallait pour poursuivre, ajuster et préciser le projet global, mais surtout, de respecter ses athlètes en leur donnant des objectifs réalistes à chacun afin de faire bien aujourd’hui, mieux demain et ultimement mieux que tous à la fin de la saison !


Je vous laisse sur une réflexion que j’offre aux athlètes que j’entraîne :


« On ne devient pas des champions. On s’entraine comme des champions, on mange, dors, se repose et vie comme des champions. C’est alors que les autres commencent à nous voir comme des champions et nous respectent pour cette discipline. Le reste, c’est du bonus. »

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