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Le Roi est Mort, Vive le Roi !

Ce n’est pas un secret pour personne ; nous devions nous résigner à regarder tôt ou tard

Djordje Mihailovic évoluer sous d’autres cieux. Ce départ aura été retardé uniquement par la

blessure qu’il aura subie au mois de juin dernier. Réelle catastrophe pour lui, non seulement

aura-t-il dû renoncer à poursuivre son rêve en Europe alors qu’il était chaud et en demande, mais il aura aussi dû renoncer à joindre l’équipe nationale masculine des États-Unis. La question que nous tenterons de répondre ici : Qui remplacera Mihailovic après son départ ?

crédit image: cfmontreal.com


La solution est-elle présente dans l’effectif actuel ? Est-ce que Olivier renard devra trouver son successeur en MLS ou devra-t-il se tourner vers l’Europe ? Explorons ces divers scénarii.


Les « eurosnobs » seraient ravis de voir une grosse pointure arriver des vieux pays.

Plusieurs ont fantasmé sur des Giroux, Ben Arfa ou même André-Pierre Gignac, mais avouons- le, cela implique de très grosses sommes et ce n’est pas la stratégie de messieurs Saputo et par extension Renard. Évidemment, Giroux n’est pas milieu de terrain, mais sa manière bien à lui de jouer attaquant l’amène à jouer très bas pour faciliter l’entrée vers la surface et à se faire oublier par la suite pour accomplir le dernier geste. Disqualifions-le tout de même d’emblée. Ben Arfa et Gignac sont des numéros 10. Pour les moins familiers, le numéro 10, ou milieu offensif, est un ramassis de talents que très peu de joueurs possèdent. Cela leur permet donc d’évoluer en électrons libres, tantôt en support latéral, tantôt en support défensif, mais surtout, comme magicien de l’espace devant la surface adverse. Cet attaquant hors norme flaire les bons coups pour distribuer des ballons difficiles à distiller derrière le dos des défenseurs ou mettre des centres aériens sur la tête des attaquants. Plus encore, ils possèdent des lancers foudroyants avec beaucoup de rotation et peuvent les décocher sans aucun avertissement. Comment défendre contre un virtuose qui « gagne » sur toutes ses prises de décisions ? Voilà pourquoi ces joueurs sont si rares et si convoités. Soyons réalistes, nous n’avons pas cette capacité de payer un joueur établi de cette trempe et aligner de bons éléments de chaque côté.


Même si son chandail indique le numéro 8, Mihailovic joue parfois comme un 10. C’est

ce qui a émerveillé plusieurs fans locaux et excité les dépisteurs internationaux. Depuis son

retour au jeu, il force les choses et joue avec la rage au cœur. Il est frustré et son non-verbal ne ment pas. Lorsqu’il retrouvera son cœur léger, il deviendra de plus en plus dominant et

retrouvera ses automatismes de numéro 10. C’est alors que la machine s’emballera à nouveau. Comme nous sommes aux portes des séries en MLS avec la meilleure fiche de son histoire, le CF Montréal ne peut pas se permettre de le laisser partir. Ce n’est que partie remise alors.



Olivier Renard peut-il se tourner vers la MLS pour trouver son successeur ? Plusieurs

excellentes équipes ont réussi à se dénicher un numéro 10 et cette trouvaille leur aura permis une

grande longévité dans le tiers supérieur au classement dans leur ligue respective. Pensons à

Seattle avec Lodeiro, Carlos Vela avec le LAFC ou Lucas Zelarayan avec le Crew de Columbus. Nous pensons encore une fois que l’argent sera un problème. La compétition en MLS est très forte, la parité encore plus et chacune des équipes veut être la prochaine à se trouver LA pépite pour se propulser plus haut et plus loin que les autres. Personne en MLS ne nous offrira ce cadeau.


La solution serait-elle à l’interne ? Fort des observations faites depuis la mise en poste

de Olivier Renard, il s’avère que l’homme arrive à offrir au coach des solutions sans glamour,

mais qui ont le potentiel de cliquer ensemble et ainsi aligner une longue chaine humaine

complexe de talent timide et de valeurs concordantes. Avant l’arrivée de M. Nancy, Camacho

avait la réputation de couler le club avec ses mauvaises décisions au mauvais moment. C’est

terminé. Il s’avère être le général solide qui mène ses hommes au combat la tête haute. Lassi

Lappalainen que plusieurs lançaient sous le bus, ridiculisé d’utiliser une seule feinte, prévisible, s’affirme comme un rouage indispensable dans le XI de départ. Choinière, timide, se révèle de plus en plus et pourrait prendre encore plus de minutes dans un futur proche. Alistair Johnston tasser dans le corridor de droite, alors qu’il est défenseur central de métier, offre des réponses que Zachary Brault-Guillard n’arrivait pas fournir. Joël Waterman, passé de zéro à héros, non seulement dans son jeu défensif, mais dans sa contribution offensive. El Romantico, Romell Quioto, recruté comme second violon et qui devient maestro ! Et si ce remplaçant n’était nul autre que Matko Miljevic !


On commence à connaître l’homme ; coach Nancy aime ses joueurs et il veut les mettre

dans les meilleures dispositions pour performer. Si cela implique de donner un défi et de la

latitude à un joueur, le coach ne craint pas de faire l’expérience. Pourquoi ce serait différent avec Matko ? Il est possible de comparer les deux joueurs sur le site de la MLS (www.mlssoccer.com) et nous allons donc nous livrer à ce petit exercice.


Mihailovic

20 parties jouées

1501 minutes jouées

18 départs

9 substitutions


Miljevic

16 parties jouées

567 minutes jouées

6 départs

6 substitutions


Bien sûr nous comparons des pommes avec des oranges quant aux minutes et aux départs, mais il y a tout de même de belles choses à souligner.


Défensivement


Mihailovic


10 dégagements

0 bloc

11 interceptions

Tackles, 76.9% de succès

Duels, 52,3% de succès

Duels aériens, 15% de succès


Miljevic


0 dégagement

0 bloc

5 interceptions

Tackles, 75% de succès

Duels, 60,8% de succès

Duels aériens, 50% de succès


Avec mille minutes de moins, Matko présente des statistiques comparatives avec en

bonus un meilleur tôt de réussite en duel (+/- 8%) et dans les duels aériens il s’impose

férocement avec 35% de réussite de plus que Djordje. Notre lecture nous dit que Matko semble aller davantage au duel et est meilleur dans l’exercice, mais qui se frotte aussi dans les airs avec ses rivaux et gagne plus d’une fois sur deux ses confrontations. Est-il besoin de rappeler les besoins du club dans ce domaine ? Ce que je ne peux pas passer sous silence, c’est la possibilité qu’avec mille minutes de plus, les performances de Matko pourraient être meilleures, mais surtout plus mauvaises. Restons honnêtes.


Distribution


Mihailovic


82,4% passes réussies

39,6 passes par 90 minutes

62,5% passes longues réussies


69,2% passes réussies moitié

adverse


96,6% passes réussies dans

sa moitié


38 passes clés


4 centres réussis

3 assistances




Miljevic


83,1% passes réussies

41,3 passes par 90 minutes

56,5% passes longuesréussies

75% passes réussies moitié adverse

90,9% passes réussies dans sa moitié

13 passes clés

2 centres réussis

0 assistance




Je sais, on peut faire dire ce que l’on veut à des statistiques, mais celles-ci sont tout de même, toutes proportions gardées, représentatives de ce que pourrait apporter Miljevic au club s’il jouait plus régulièrement et toujours dans l’optique où plus signifierait plus de positif et non l’inverse.


Attaque


Mihailovic


Total des tirs excluant le tirs bloqués, 23

Tir sur la cible 19

Buts marqués 7

Pourcentage de conversion, 30,4%

Marque un but toutes les 214,4 minutes

Du pied gauche, 2

Du pied droit, 5

De la tête, 0

Autres manières, 0

Buts de l’intérieur de la boite, 7

De l’extérieur de la boite, 0

Sur coup franc direct, 0


Miljevic


Total des tirs excluant le tirs bloqués, 12

Tir sur la cible 5

Buts marqués 0

Pourcentage de conversion, 0%

Marque un but toutes les - minutes

Du pied gauche, 0

Du pied droit, 0

De la tête, 0

Autres manières, 0

Buts de l’intérieur de la boite, 0

De l’extérieur de la boite, 0

Sur coup franc direct, 0


Rien à ajouter ici, il faudra en voir plus pour comparer les deux hommes dans ce domaine.


Discipline


Mihailovic


Fautes gagnées, 33

Fautes concédées, 15

Carton jaune, 4

Carton rouge, 0


Miljevic


Fautes gagnées, 30

Fautes concédées, 7

Carton jaune, 3

Carton rouge, 0


Il est intéressant de constater que Miljevic attire la faute énormément. Rappelons que nous

comparons deux joueurs qui ont mille minutes joué de différence. À ce rythme, cependant,

Miljevic en concéderait aussi énormément. Il semble que Matko soit aussi beaucoup plus intense et sanguin de Djordje avec presque autant de cartons jaunes.


Ce ne sont que des statistiques. Elles s’interprètent dans tous les sens. Aucune garantit

n’est possible dans l’interprétation positive ou négative de ces chiffres. Néanmoins, elles nous permettent de spéculer. Nous croyions que le volume de jeu de Matko pourrait surprendre et aller au-delà de nos espérances. Après tout, qui avait imaginé que Quioto pouvait s’épanouir de la sorte ? Difficile donc, à ce stade-ci, de se prononcer formellement pour ou contre la capacité de Matko Miljevic de remplacer Djordje Mihailovic. Mihailovic a cette magie en lui que Matko ne nous a pas encore démontrée. Même s’ils ont le même profil de milieu offensif, ils ne sont pas comparables réellement à l’heure actuelle. À l’avantage de Miljevic, il est deux ans plus jeune que Djordje. À cet âge, deux années peuvent faire un monde de différence.


En terminant, allons-y de quelques arrêts sur image qui pourraient illustrer ces tableaux

de statistiques discutés précédemment.


Mihailovic



Sur cette séquence, Mihailovic est cerné de toutes parts par les joueurs adverses. Wanyama est en contrôle de la balle et 2 options faciles se dessinent sur sa droite. L’option plus profonde impliquerait de passer le ballon près (trop) du défenseur qui presse alors il rabattra son choix sur Piette pour qui le pourcentage de réussite afin de ne pas causer de revirement inutile s’avère la meilleure option.





Dès réception, contrôle orienté, Sam, la tête bien haute, aperçoit 2 appels de balle. Notez ici que Miller joue le hors-jeu à la perfection, dans le dos des défenseurs 24 et 5 qui sont complètement hypnotisés par le jeu en motion et leurs adversaires à défendre Toye et Quioto. Qui est bien caché et prêt à jaillir ?





Tout s’ouvre devant lui et il est fin seul devant le gardien, mais rate la tête de quelques

centimètres. Regardez comment les 3 autres joueurs dans la surface sont en position de récupérer n’importe quel rebondissement positif pour le CFMtl et Lassi qui surveille de bien près le déroulement de l’action à savoir s’il devra défendre rapidement le contre ou s’offrir en option dans le corridor gauche pour garder l’attaque en vie et insuffler de la force à une deuxième vague d’attaque. Le tout se soldera par un tir faible raté du pied gauche de Miller pour un six mètres.





Ici Toye, après sa récupération, ne peut que donner le cuir à Djordje qui est fin seul à 40 mètres des buts adverses. Quioto a déjà le « spring » tendu et prêt à démarrer sa course.





Djordje accepte la passe de Toye et déboule vers la surface. Deux options s’offrent à lui : A, un joueur hors-jeu, arrêté, cerné de 2 adversaires ou B, un joueur en mouvement avec tout l’espace du monde pour étirer le jeu à gauche. Quelle option choisira-t-il selon vous ?




Bien sûr il pousse sur la gauche ouvrant ainsi le jeu et permettant à Quioto de revenir en jeu.

Mihailovic ne s’arrête pas là et fonce lui aussi afin d’offrir plus d’options à Lappalainen et

d’ajouter plus de difficulté dans la gestion défensive de l’incursion du CFMtl.





En une touche, Lassi remet aussitôt à Djordje à 4-5 mètres du défenseur central.



Ce dernier tir en première intention directement sur le défenseur central.



Il reprend son propre retour de lancer qui percera les 3 défenseurs, mais ne trompera pas le

gardien et sa cheville, bien vigilants devant leur cage.




Ces 2 séquences vont dans le même sens de nos affirmations quant au rôle de numéro 10

qu’endosse Mihailovic, c’est-à-dire capable d’attaques foudroyantes et de transmissions

dangereuses pour l’adversaire.


Miljevic




Dès sa réception, Wanyama se tourne et lève la tête apercevant Miljevic disponible dans

l’espace. Matko sait qu’il est caché derrière Bradley et réagit immédiatement pour aller dans la « lumière » afin de connecter avec Victor.






Wanyama bat 3 adversaires d’une seule passe (note aux plus jeunes joueurs ��) et connecte avec Matko d’une passe bien dosée. Quioto est déjà dans son accélération et Matko lit très bien la situation. De plus, une passe à cette vitesse vers Kamara serait un fiasco et le surnombre défensif se transformerait en un contre dévastateur. Miljevic met donc Quioto en orbite !







Quioto bat tout le monde de vitesse ! Le jeu se soldera par un centre de Quioto au second poteau que Kamara n’arrivera pas à dévier dans le filet de Toronto pour cause d’un superbe arrêt du gardien. Ce dernier reprendra son propre retour, mais son tir le laissera tomber, bon pour un 6 mètres.





Ici Camacho y va d’une belle passe avant vers Matko. Regarder et prenez des notes sur comment on prend l’information AVANT que le ballon ne soit dans nos pieds si bien qu’on sait déjà ce que l’on fera une fois celui-ci en notre possession. Il est tout à fait au courant d’où se situent Wanyama et les défenseurs et ce qu’il fera une fois en possession du cuir.





Il met le pied sur le ballon une fraction de seconde et tourne sur sa gauche en accélérant. Son idée ? Jouer en 1-2 combinant avec Wanyama.




Deux défenseurs éliminés. La même situation se redessine face à Bradley, mais cette fois c’est Miller plutôt que Wanyama qui s’offre en combinaison. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?



La combinaison Miller-Miljevic bat 4 défenseurs et le tir faible, mais chirurgical de Matko passe à quelques millimètres d’entrer dans les filets juste après avoir trouvé la grosse main du gardien. Corner !





Lors cette séquence, une lecture rapide de Matko lui indique que Quioto a brûlé son couvreur et qu’il y a un boulevard devant lui. Matko le lance donc en pleine vitesse dans le corridor latéral gauche.





Matko suit sa passe doucement pour ne pas s’approcher trop près des défenseurs adverses et du coup faire avorter l’attaque. Dans sa percussion, Quioto, en jaune, lit la défensive et comprend qu’il a 3 options. Déborder le défenseur devant lui. Compliqué et faible pourcentage de réussite. Tenter de dribler et tenter de rejoindre Kamara. Encore plus compliqué et encore moins de chance de réussite, ou donner en retrait dans le dos de Bradley. Cette option s’aligne dans la

philosophie du foot 101.





Cette passe prend par surprise 4 défenseurs bien trop loin sur la réception pour déranger Miljevic bien positionné au haut de la surface.





D’une touche un peu longue, il tirera sur le défenseur directement devant lui. Reprenant son

propre retour qui est dans les airs, il tentera ce renverser acrobatique, preuve de sa capacité à faire plus que gestes « normaux » et « mathématiques. »




Même si le tir est légèrement à l’extérieur, le gardien sera forcé de faire un plongeon sur sa

droite afin de ne pas se faire surprendre par se tir venu de nulle part. Cette action aura laissé les 7 défenseurs présents dans la surface pantois.



En terminant, nous croyons capable Matko Miljevic d’en faire plus et qui sait, peut-être

aussi bien éventuellement. Mihailovic a perdu sa constance depuis sa blessure. Il reste

néanmoins le métronome du XI montréalais. Miljevic quant à lui, ne demande que d’avoir du

temps de jeu pour démontrer à tous de quoi il est capable. Derrière, un certain Sean Rea pousse fort pour joindre le club. Il semble s’enligner pour devenir lui aussi un milieu offensif. Et vous, qu’en pensez-vous ?

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